27/07/2010 Interview of Stéphane before the 24 Hours of Spa

A bâtons rompus en compagnie de Stéphane Lémeret

A la veille des 24 Heures de Spa, le journal du Club Jacky Ickx s’est entretenu avec l’une des valeurs sûres des épreuves de GT en Belgique. Si notre invité évoque les 24 Heures, il se dévoile aussi en tant que personnalité.

Q. Stéphane es-tu passionné par le sport automobile depuis ta tendre enfance ?

R. Depuis que j’ai 12 ans, lorsque j’ai découvert la F1 par hasard à la télé.

Q. Qui t’a communiqué le virus ?

R. Personne, ce fut vraiment un coup de foudre. Pour être précis, il s’agissait du GP d’Imola 85, lorsque Thierry Boutsen a fini 2e en poussant son Arrows en panne d’essence.

Q. A Quelle occasion as-tu assisté à ta première course en tant que spectateur ?

R. Je devais avoir 12 ou 13 ans, c’était le Procar à Zolder. Mon parrain est le journaliste Philippe Castel, et à l’époque il était très actif en sport auto. Apprenant que je commençais à me passionner pour ce sport, il m’a emmené à mes premières courses. Après, j’ai aussi suivi pas mal de rallyes avec lui, c’était vraiment sympa, dans la voiture de RTL car on pouvait vraiment aller partout et passer devant tout le monde.

Q. La passion a-t-elle été le moteur de la réussite de tes études ?

R. Réussite de mes études, c’est beaucoup dire. J’étais un élève très moyen en secondaire et je n’ai jamais réussi ma première candi de journalisme. Mais on peut en revanche dire que la passion est le moteur de ma réussite professionnelle car j’étais tellement passionné que ça m’a donné envie de travailler dur pour percer dans le milieu.

Q. Ton attirance pour le circuit plutôt que le rallye est-elle due au hasard ?

R. Elle est due au fait que je suis Bruxellois d’origine et qu’il m’était donc impossible de trouver des sponsors locaux pour débuter. Et trouver des sponsors nationaux est beaucoup plus difficile en rallye qu’en circuit.

Q. La famille est-elle le ciment de ta réussite ?

R. Je pense en effet que sans le précieux soutien de ma femme, je ne pourrais pas faire tout ce que je fais.

Q. En dehors des courses, quels sont les loisirs auxquels tu t’adonnes ?

R. Le peu de temps libre que j’ai, je le consacre à ma femme et ma fille. Et en vacances, j’en profite pour lire des livres, plutôt des romans.

Q. Quelle est la musique et les groupes que tu préfères ?

R. Je n’ai pas l’oreille très musicale et je suis assez classique. J’adore les Beatles, Dire Straits et les chansons françaises à textes.

Q. Quels sont les personnages à qui tu voues une admiration sans borne?

R. Comme je suis en vacances, je suis en train de lire l’histoire romancée de Bouddha. C’est passionnant et c’est ce genre de personnages pour qui j’ai une vraie admiration. Le reste n’est que futilités.

Q. Quels défis tu n’as pas encore relevé qui te tiennent à cœur ?

R. Sur un plan sportif, disputer les 24H du Mans bien sûr. Mais quand j’arrêterai de rouler, j’espère trouver la force de me lancer des défis plus nobles et plus humains.

Q. L’argent est-ce une priorité ou d’autres valeurs passent avant ?

R. Si l’argent était mon moteur, je ne roulerais pas autant car je ne suis pas obligé d’investir tout l’argent de mes sponsors dans la course. Je roule pour le plaisir et pour… je ne sais pas vraiment en fait. Mais je me dis que si j’arrive à faire les performances que je fais face à d’anciens pilotes F1 et autres alors que j’ai commencé à rouler à 20 ans et à relativement haut niveau il y a six ans seulement, c’est qu’il y a une raison quelque part. Donc je m’accroche, même si je suis très souvent malchanceux. Là aussi, il doit y avoir une raison. J’en suis d’autant plus convaincu que lorsque je suis proche de la rupture, il se passe toujours quelque chose de positif qui me remonte le moral. Ce fut encore le cas dernièrement avec mon podium FIA-GT3 à Jarama.

Q. Quel résultat espères-tu obtenir aux 24 Heures ?

R. J’espère gagner mais je suis conscient qu’on n’est pas favoris. Toutefois, j’estime avoir plus de chances que l’an dernier, où j’ai fini 2e sur une voiture qui n’aurait jamais dû se trouver là !

Q. Le rôle de Poulidor du double tour d’horloge ardennais ne commence-t-il pas à t’agacer ?

R. Non car la victoire viendra si elle doit venir. Et si je ne gagne jamais, je n’en serai pas aigri. De plus, Poulidor a plus marqué les esprits que pas mal d’anciens vainqueurs du Tour de France.

Q. Pourquoi as-tu opté pour le WRT plutôt que pour des formations du calibre de AF Corse-Vitaphone ou d’autres du GT2 ?

R. Porsche a choisi ses pilotes et je n’aurais pas pu intégrer un équipage de pointe, tout comme chez BMW bien entendu. AF Corse tardait à prendre sa décision quant à sa venue, donc j’ai opté pour le team qui me semblait avoir les meilleures chances de battre les GT2. Bon, depuis, Phoenix a aussi mis deux Audi de pointe et ils seront durs à battre également.

Q. Penses-tu apprendre de nouvelles choses au contact de Stéphane Ortelli ?

R. J’en ai déjà appris quelques-unes lors du test-day et je ne doute pas qu’il m’en apprendra encore un peu aux 24H. Mais au fil des années, l’expérience aidant, j’apprends évidemment de moins en moins de choses. Mais je reste à l’écoute car tout le monde a toujours des choses à apprendre, quel que soit le stade de sa carrière.

Q. Quelles sont les différences techniques entre une Audi R8 LMS sprint et endurance ?

R. Il n’y en a pas beaucoup. C’est surtout au niveau des suspensions, plus rigides sur la version endurance.

Q. En cas de forte chaleur Dunlop risque d’être avantagé. Dans quels domaines le manufacturier britannique fait-il la différence dans ces conditions extrêmes ?

R. A Jarama, ils allaient aussi vite après une heure de course qu’au début, alors que les Michelin perdaient 3 à 4 secondes au tour. Je pense que c’est clair : s’il fait très chaud, je ne vois pas qui va pouvoir battre les BMW !

Q. Le meilleur et le pire souvenir de ta carrière ?

R. Le meilleur c’est mon podium à Jarama au mois de juin dernier. Et le pire, c’est mon abandon le matin même. J’en avais vraiment ras-le-bol ! D’où cette délivrance l’après-midi. J’en ai pleuré dans mon casque, pour la première fois de ma vie. Depuis, je te rassure, j’ai encore connu deux abandons, ça m’a calmé (rires) !

Patrick Six

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