02/08/2010 Interview of Stéphane after the 24 Hours of Spa

24 Heures de Spa, Stéphane Lémeret gagnait les 24 Heures à un capteur près.

Stéphane Lémeret a bien failli inscrire son nom au palmarès des 24 Heures de Spa pour la première fois en GT3. Il s’en est fallu d’un capteur.

Q. Stéphane Le WRT a-t-il décelé l’origine des problèmes de capteur ?

R. Pas encore. J’ai discuté avec un ingénieur d’Audi qui me dit qu’à priori le problème ne pourrait venir que d’un problème de qualité d’essence. Peut-être des impuretés qui mettraient l’électronique en alerte. On va investiguer.
 

Q. François Verbiest s’est-il rendu compte d’où venait le mal lorsqu’il est reparti après la première immobilisation de l’Audi R8 LMS ?

R. Je pense qu’il était en effet le plus à même de poser un diagnostique précis. C’est un atout d’avoir un technicien comme lui dans un équipage pour une course de 24 heures.

Q. En début de week-end la formation du Phoenix Racing avait l’avantage. Stratégie délibérée de l’équipe ?

R. En dehors du fait qu’ils ont plus d’expérience que nous et qu’ils bénéficient d’un pilote aussi rapide que Marcel Fassler, ils ont clairement adopté une tactique différente de la nôtre durant tout le meeting. Aux essais, ils voulaient la pole tandis que nous travaillions pour la course. Et en course, ils ont tenté le tout pour le tout, même s’il était impossible de gagner en Audi. Ils ont joué, ils ont perdu mais je salue quand même leur jusqu’au-boutisme. Quant à nous, nous ne nous sommes pas énervés : quand on a vu qu’il serait impossible de gagner le général, nous nous sommes concentrés sur le GT3, en sachant qu’une victoire en GT3 serait synonyme de belle place au général. Ce problème d’arrivée d’essence en a décidé autrement.

Q. Sais-tu quel objet a déformé ton pare-brise ?

R. Je ne l’ai pas vu mais vu les traces laissées sur la voiture, il devait s’agit d’une très grosse boule de gomme.

Q. Pour conduire dans des conditions précaires comme celles que tu as connues as-tu repensé de fond en comble ta manière de piloter ?

R. Non, ça rendait juste les choses plus compliquées, surtout dans les virages serrés à droite, où on ne voyait ni la corde ni la sortie du virage. C’était stressant et ça nous faisait perdre du temps. En fait, on s’adapte automatiquement, petit à petit. C’est quand on m’a remis un nouveau pare-brise que je me suis rendu compte comme c’était pénible avec celui qui était cassé !

Q. As-tu conduit au jugé lorsque les conditions étaient extrêmes ?

R. J’ai eu la chance de ne pas rouler sous la pluie, donc je n’ai pas vécu l’enfer. C’est François Verbist qui a roulé deux heures sous la pluie sans essuie-glace. Je ne comprends toujours pas comment il arrivait à tourner dans les temps des meilleures GT2, à seulement trois secondes de Fassler.

Q. T’a-t-il fallu un long temps d’adaptation pour rouler de cette manière particulière ?

R. Dans les premiers tours, j’ai perdu pas mal de temps car je me demandais si ça allait tenir. J’avais des morceaux de verre qui entraient dans l’habitacle, je roulais souvent sur des morceau de gomme que je ne voyais pas, ce qui entraînait des vibrations inquiétantes, et je devais m’habituer à tourner sans voir la corde. J’étais plus handicapé que les autres car je suis plus grand : je devais me tasser dans mon siège pour apercevoir quelque chose. A la chicane et à la Source, c’est dangereux car si on tourne trop court, on peut casser la voiture. En plus, j’étais en discussion constante avec le stand. Heureusement, quand Vincent Vosse m’a dépassé, j’ai pu me mettre dans son rythme, ça m’a permis de me reconcentrer sur mon pilotage.

Q. As-tu le sentiment d’être passé à côté de la montre en or ?

R. Non car initialement on ne partait pas pour la victoire en GT3 mais celle au général, ou au minimum un podium. Je préfère avoir eu un problème cette année où de toute façon on n’aurait pas fait mieux que 5e, plutôt qu’une année où je joue la victoire. Mais il n’y a pas de miracle : avec une autonomie aussi inférieure à celle des Porsche, Audi ne pouvait pas gagner. Phoenix a essayé mais s’est cassé les dents. Ce qui m’inquiète c’est que même si on limitait le règlement aux GT3, Porsche gagnerait quand même. Le règlement GT3 est fait pour des courses d’une heure, en ne tenant pas compte de l’avantage de consommation des Porsche. Sur 24 heures, elles sont tout simplement imbattables si elles sont bien conduites, comme l’était la GT2 de BMS cette année. Je crois que si BMS avait eu une 911 GT3, ils auraient gagné plus facilement, pour autant que la transmission soit fiabilisée, ce qui sera sûrement le cas en 2011. Les 911 GT3 vont en effet aussi vite que les GT2, et elles bénéficient de l’ABS et d’une bien meilleure vitesse de pointe. Chapeau aux pilotes Porsche GT2 car pour eux, dépasser est un enfer, avec leur vitesse de pointe de tracteur.

Q. Le WRT semble aborder la course d’une manière familiale. Une fausse impression ?

R. Non, c’est tout à fait exact. La maman de François s’occupe du catering, René est aux commandes, François pilote, et tout le monde se connaît bien dans le team. Moi, j’avais aussi mon beau-frère et la belle-sœur dans l’équipe donc l’esprit familial était une réalité pour moi aussi. C’est très agréable de rouler dans ces conditions, j’étais plus détendu que chez Vitaphone. Peut-être même un peu trop car j’ai moins attaqué que ces dernières années. Mais c’est aussi le contexte GT3 et le fait que ce soit une nouvelle équipe visant avant tout l’arrivée qui m’ont fait adopter un rythme moins rapide.

Q. Tu sembles épanouis aux côtés de Vincent Voss. Est-ce parce qu’il te considère comme une clé de voûte de sa formation ?

R. Ce serait bien mais je ne sais pas s’il me considère vraiment comme ça. On a souvent des divergences de point de vue mais je pense que c’est positif. Je n’hésite pas à dire ce que je pense et je crois que ça aide à faire évoluer les choses. D’habitude, je suis plus réservé car j’ai peur qu’on prenne mal mes commentaires. Ici, comme j’ai vraiment envie de continuer à long terme avec l’équipe, je dis ce que je pense et tant pis si ça ne fait pas toujours plaisir. Le but est de progresser tous ensemble. Le fait de participer au début d’une aventure donne plus de liberté d’expression car personne dans l’équipe ne pense avoir la science infuse et nous avons envie de progresser ensemble. C’est aussi ça l’esprit familial : parfois, on a des divergences mais on en parle et on en ressort plus forts. J’aime beaucoup ça. Pour l’anecdote, durant les 24 Heures, j’ai été très fâché à un moment, j’ai crié un bon coup et une demi-heure après on en riait. Chez Vitaphone ça ne se serait pas passé comme ça. J’étais juste un pion et un pion ne doit pas faire de vagues…

Q. Comment les dirigeants de Audi ont-il réagi après la belle prestation du WRT ?

R. Ils nous ont remerciés et se sont excusés pour le problème technique qui a affecté notre voiture, même s’ils n’y sont sans doute pour rien si le problème d’essence se confirme.

Q. Envisages-tu d’unir ta destinée à celle du WRT en 2011 ?

R. Bien sûr mais il faut voir comment vont évoluer les règlements et si Audi va continuer à se contenter du GT3. Je rêve d’une R8 GT2 avec laquelle on pourrait faire un championnat international de haut niveau, même si je n’y crois pas trop car ils ne sont pas trop GT2 chez Audi. Sinon, continuer le championnat de France ou faire le championnat de Belgique avec WRT pourrait toujours m’intéresser.

Q. Quel bilan tires-tu de tes 24 Heures ?

R. Pfff… Une autre question !? Non, sérieusement, je suis évidemment déçu, même si finir la course pour la 10e fois en 14 participations constitue un très bon score. Mais je n’avais plus fait un si mauvais résultat depuis 2005 donc ce n’est pas très amusant. Et d’un point de vue personnel, j’ai très mal vécu mon relais de nuit, vers minuit et demi sur une piste séchante en pneus slicks durs. J’avais demandé des tendres, qu’on m’a refusés, c’était très clairement une erreur du team. J’ai vécu un enfer, en roulant plus de dix secondes au tour moins vite que les plus rapides, car je n’ai jamais réussi à chauffer les pneus. Du coup, je n’ai pas fait le double relais prévu car mon ingénieur a préféré changer le pilote plutôt que les pneus. C’est pour ça que j’étais très fâché. Finalement, après discussion, je comprends sa décision : il m’a expliqué que comme j’étais entré dans une spirale négative il avait préféré m’en sortir. Je le comprends, même si je pense que si j’avais fait le deuxième relais, ça se serait très bien passé car j’aurais eu, comme Stéphane Ortelli, la possibilité de chauffer mes pneus derrière la safety-car. Je n’en aurai jamais la confirmation et c’est frustrant mais encore une fois, je comprends la décision de mon ingénieur, même si je ne l’ai pas comprise tout de suite car il ne me l’a expliquée que longtemps après. Mais on est une équipe et il fait savoir mettre son égo de côté quand on veut faire un bon résultat et construire quelque chose ensemble. Heureusement, ensuite, j’ai eu l’occasion de faire des beaux relais, même si certains ont cru que j’étais définitivement devenu lent quand j’ai pris le volant au petit matin. En fait, comme la 2e Audi Phoenix venait d’abandonner on m’a demandé d’assurer la victoire GT3 et donc de ralentir le rythme par rapport à celui de Kurt, qui me précédait. Mais je crois que dans le stand, on s’ennuyait autant que moi dans l’auto ! Donc, pour la seconde partie de ce double relais, on m’a ensuite demandé d’accélérer un peu, ce que j’ai fait. Je suis juste déçu qu’après, on ne m’ait pas laissé au volant pour les 40 dernières minutes de course. Stéphane Ortelli ne tenait pas plus que ça à finir la course, tandis que moi ça m’aurait fait très plaisir. Sans doute était-ce une manière de me dire : «C’est bien de dire ce que tu penses mais durant la nuit, tu as un peu exagéré»…

Q. Quel est le programme pour la suite de la saison ?

R. Je vais rouler à Budapest, dans le cadre des le Mans Series, en Lamborghini Supertrofeo. Comme les courses de Brno ont été annulées suite au gros crash du premier départ, ils m’ont réinvité en Hongrie. Ensuite, je suis censé finir le Belcar avec KRK mais je dois avoir une discussion avec eux car le début de saison a été catastrophique. J’ai décidé d’arrêter le BTCS avec CHAD pour les mêmes raisons : l’équipe technique n’était pas à la hauteur, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il me reste aussi trois meetings du championnat de France avec WRT, où j’espère monter sur mes premiers podiums, surtout que les Audi ont gagné de la puissance depuis les 24 Heures. Et j’espère disputer la finale du FIA-GT3 à Zolder, pour gagner, soit avec une Audi Saintéloc-Phoenix, soit avec une Lamborghini.

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