01/09/2010 Interview of Stéphane after the LMS at Budapest

Ce week-end à Budapest Stéphane Lémeret a fait ses adieux à la Saleen sa GT préférée. Rencontre.

Q. Stéphane, la Saleen restera à tout jamais ta GT1 préférée pourquoi ?

R. Parce que dès la première fois que je suis monté dedans, aux 1000 Km de Spa 2005, je me suis senti à l’aise. Je m’en souviens comme si c’était hier : sans essais préalables et après quelques tours aux libres, j’ai pris le départ sous la pluie en pneus intermédiaires et j’ai ramené la voiture à la 2e place de la catégorie. Et à l’époque, il y avait une dizaine de GT1. J’adore les voitures à moteur central et je trouve la Saleen plus vivante que la Maserati. Il faut plus se battre pour aller vite avec l’américaine, on la sent plus bouger, et son moteur est plus coupleux.


Q. Tu as eu l’occasion de la piloter à Budapest selon l’ancien règlement GT1 et l’actuel. Quelles sont les différences entre les deux versions?

R. Franchement, comme mon dernier roulage en configuration 2009 remonte au mois de novembre dernier, je n’ai pas senti une différence flagrante. Oui, un peu moins d’appui et un moteur qui pousse un peu moins mais ce n’est pas dramatique. Quant à l’antipatinage, il n’a jamais fonctionné correctement sur la Saleen donc son absence n’est pas un problème. En fait, on se rend surtout compte de la différence d’homologation quand on se fait dépasser par les GT2. L’an dernier, c’était l’inverse… et bien plus logique !

Q. La fuite d’huile survenue aux essais libres a-t-elle compromis tes chances d’entrée de jeu ?

R. Nous n’avons, Carlo et moi, chacun fait que 5 tours avant le warm-up, durant lequel lui a pu en faire deux de plus. Dans ces conditions, nous n’avons évidemment pu ni prendre suffisamment nos marques ni régler la voiture. Cela explique en partie l’écart de performances (environ 1,5 seconde au tour en course) par rapport à la Saleen Larbre. Cette dernière possède des évolutions que nous n’avons pas, et en Hongrie notre moteur n’était pas très en forme. En fait, il a été refait pour la première fois en Tchéquie mais la gestion électronique n’était pas adaptée. Un ingénieur de chez Oreca a fait ce qu’il a pu pour l’adapter au cours du week-end mais le moteur poussait moins fort que celui de Larbre.

Q. Aborder ton premier relais sans pression t’a-t-il aidé à piloter sans la moindre retenue ?

R. Oui, la seule consigne étant de ramener la voiture à l’arrivée, j’ai pu prendre mon rythme sans me presser. Mais en voyant les chronos descendre, je me suis pris au jeu et j’essayais de chaque fois un peu améliorer. Finalement, j’ai fait un bien meilleur relais que ce que j’imaginais au départ.


Q. Sans la sortie de route de Carlo Van Dam aurais-tu été en mesure de décrocher la victoire en GT1 ?

R. Apparemment, la Saleen Larbre a eu un problème car j’ai vu qu’elle avait beaucoup rétrogradé vers la mi-course donc oui, pourquoi pas. Mais à la régulière, nous n’avions pas le niveau de performances, même si je suis persuadé que notre équipage était meilleur que celui de la voiture française.


Q. Carlo van Dam a la réputation d’être un pilote très rapide. Es-tu surpris de t’être montré plus rapide que lui lors de ton relais?

R. Tout à fait. La seule fois où j’avais roulé avec lui, c’était à Okayama sur la Saleen Larbre et il avait été sensiblement plus vite que moi. Il faut croire que sa connaissance du tracé et les effets du décalage horaire sur mon pilotage y étaient pour quelque chose car ici j’étais sensiblement plus rapide que lui. Comme quoi, en sport auto, une vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain ! En tout cas, je me suis régalé durant ce relais. C’est vraiment idiot car la voiture était un peu lente et que je n’ai dépassé qu’une Porsche en 50 minutes mais je me suis vraiment fait plaisir pour cette dernière course au volant d’une Saleen et peut-être même d’une GT1. Mes sensations sont revenues tout de suite et j’ai réussi à très bien gérer les dépassements. Pas évident sur ce circuit, d’autant plus que j’ai finalement très peu d’expérience en Le Mans Series : je n’avais réellement fait que quatre courses dans la série avant cela, si on enlève les trois fois où je n’ai pas pris le volant en course. Je suis donc content d’avoir augmenté mon expérience car c’est vraiment vers ce genre de courses que je veux me tourner l’an prochain. Le niveau de professionnalisme de cette série est très motivant. Je suis aussi content de ma résistance physique car il faisait épouvantablement chaud mais j’ai tenu les 50 minutes sans faiblir, ce qui n’a pas été le cas de tout le monde sur ce circuit où on n’a pas le temps de souffler.

Q. Maintenant que tu as eu l’occasion d’à nouveau participer à une manche de la Le Mans Series, n’es-tu pas tenté de monter un programme dans cette série pour 2011 qui comprendrait les 24 Heures du Mans ?

R. Oui, c’est vraiment un objectif. Mais il faudra voir l’an prochain s’il sera plus intéressant de faire la Le Mans Series ou l’ILMC car je crains que cette dernière ne cannibalise les LMS. Quant au Mans, ça reste mon objectif majeur, et la meilleure manière d’y arriver est de rouler dans une série ACO.

Q. Penses-tu que ta prestation à Budapest a attiré l’attention des managers ?

R. Franchement, ça m’étonnerait car on était largué, avec une voiture à bout de souffle et tombant un peu en morceaux mais peut-être que j’ai repris quelques points aux yeux de quelqu’un comme Jack Leconte, qui a dû voir que j’étais plus rapide et constant que Carlo, dont il connaît les qualités. Mais c’est surtout à moi-même que cette course a ouvert les yeux : c’est à ce niveau, mais avec une voiture plus compétitive, que je veux rouler. C’est ça ma vraie motivation !
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