10/05/2011 Interview de Stéphane après les 1000Km de Spa

1000 kilomètres de Spa : Stéphane Lémeret fait la bonne opération dans l’optique du championnat LMS 

Ce week-end à Spa-Francorchamps, Stéphane Lémeret devait non seulement se mesurer aux concurrents de la Le Mans Series mais également à ceux participants au championnat Intercontinental Le Mans Cup. Cet examen Stéphane et ses coéquipiers Cioci et Perazzini l’ont réussi avec distinction en décrochant une superbe deuxième place qui leur permet d’occuper la tête du championnat LMS.   Lire la suite.

Q. Stéphane, avoir devancé des formations du calibre du Krohn Racing, une valeur ajoutée à cette médaille d’argent ?

R. C’est sûr qu’avec 11 voitures au départ dans la catégorie, cette 2e place est encore plus importante que celle du Castellet, où il n’y avait que les voitures du LMS. Je pensais qu’on aurait plus de mal à battre la Corvette Larbre, par exemple. Et puis, comme nous sommes aussi inscrits en ILMC, nous avons en fait gagné… le classement GTE-AM ILMC. Je peux donc dire que j’ai gagné aux 1000 Km de Spa, c’est sympa.

Q. Marco Cioci n’a concédé que 0,2 de seconde sur Armindo en qualification alors qu’il était à 1 seconde au Ricard. Est-ce son pilotage incisif qui lui a permis d’être aussi près ?

R. Non, je pense que c’est surtout le fait que Francorchamps convient mieux à la Ferrari car la ligne droite est moins longue et qu’il y a plus de courbes rapides. J’avais dit après le Castellet que nous avions sans doute couru sur le circuit le plus favorable à la Porsche et je pense que cela se confirme.

Q. Avez-vous déchargé la voiture d’appui pour gagner en vitesse de pointe ?

R. On a déchargé un peu pour la qualif mais au warm-up on s’est rendu compte que la voiture était trop survireuse donc on est revenu à la configuration des essais libres pour la course et la voiture était parfaite.

Q. Le premier relais de Perazzini fut d’une extrême prudence. Jouait-il la carte de l’économie de carburant pour arriver au bout des 75 minutes obligatoires dont il devait s’acquitter pour marquer des points ?

R. Non, le problème de Eppe est qu’il n’a pas eu l’occasion de tourner assez aux essais à cause de tous les drapeaux rouge. Et comme il ne connait pas très bien Francorchamps et qu’il n’aime pas les courbes rapides, il a eu un peu de mal à trouver le rythme. Mais ce n’est pas dramatique, le plus important est qu’il ne fait pas d’erreur et qu’il est totalement insensible à la pression, comme il l’a déjà prouvé deux fois en fin de course, quand les autres gentlemen drivers font des fautes. Sans doute est-ce dû à son métier de chirurgien, où il faut gérer le stress.

Q. Tu as pris ton premier relais sur une piste surchauffée. As-tu attaqué à outrance pour remonter ou tu as roulé à 80 ou 90% de tes capacités pour éviter que la voiture ne se dégrade en fin de run ?

R. J’ai fait deux premiers tours prudents, pour ne pas surchauffer les pneus tout de suite et pour trouver mes repères car je n’avais fait qu’une dizaine de tours aux essais. Ensuite, j’ai attaqué mais sans trop savoir où j’en étais car je ne comprenais rien à la radio et mes chronos ne s’affichaient pas au tableau de bord.

Q. Le stop & go de Cioci a-t-il été un élément déterminant qui t’a privé de la victoire ?

R. Non car nous finissons avec près d’un tour de retard, notamment à cause d’un problème de surchauffe moteur.

Q. Ton dernier relais a été mené à un rythme inférieur. La fuite d’eau t’a-t-elle obligé à lever le pied ? 

R. Oui, je suis parti à fond pour remonter mais j’ai eu un peu de trafic dans mes premiers tours, et puis le moteur a commencer à chauffer de manière inquiétante donc j’ai levé le pied, en montant moins en régime et en négociant la majorité des virages sur un rapport supérieur à la normale. Comme je n’avais toujours pas d’infos radio ou chronos, je ne savais pas du tout en combien je tournais mais apparemment ce n’était pas trop lent.

Q. Ecoutais-tu tous les bruits de la voiture et surveillais-tu en permanence les températures d’eau jusqu’à en être stressé ?

R. Oui, c’était extrêmement stressant, je n’arrêtais pas de contrôler la température. Quand j’ai annoncé 131 degrés au team, j’ai cru comprendre qu’ils me demandaient de rentrer. Mais comme je n’en étais pas sûr et que juste après c’est un peu redescendu, j’ai décidé de rester en piste en réduisant les tours moteur. Bonne décision je crois parce que si j’étais rentré on aurait peut-être décidé d’abandonner. Mais c’était une grosse responsabilité que je prenais donc j’étais particulièrement attentif à la mécanique, ce qui ne facilitait pas la gestion du trafic, avec la grosse bagarre Peugeot-Audi en piste.

Q. Signer une performance de choix devant ton public est-ce important ou cette course à domicile en est une comme les autres ?

R. C’est surtout sympa pour mes invités et mes sponsors. Le grand public venait surtout voir la course en général. Je ne sais pas si le fait qu’un Belge signe un bon résultat ajoute vraiment à leur plaisir mais si c’est le cas, tant mieux. C‘est vrai que je suis toujours surpris du nombre de gens qui viennent me parler lors de la séance d’autographes. A mon niveau, ça fait plaisir.

Q. Imola a la caractéristique d’être une piste plus lente. Est-ce à cette occasion que tu pourrais prendre une option sur le titre ?

R. Ca manque en effet un peu de courbes rapides, quoique, il y en a quand même. Par contre, les lignes droites ne sont pas trop longues donc la Porsche ne sera pas trop favorisée. Mais surtout, Imola est un des terrains de jeu préférés d’AF Corse et de mes équipiers donc j’espère qu’on pourra se battre pour la victoire avec Armindo et Narac. Mais je suppose qu’il vont aller faire ou qu’il ont déjà été faire des tests là-bas donc ils seront à nouveau très difficiles à battre. Et s’ils gagnent, ils vont revenir au championnat, surtout si nous ne terminons pas 2e, ce qui est évidemment tout à fait possible, surtout dans les courses communes avec l’ILMC.

Q. Tu as très peu tourné durant les essais libres. Une stratégie délibérée pour permettre à tes coéquipiers de se familiariser avec le toboggan ardennais ?

R. Je suis dans une situation un peu particulière au sein de l’équipage car Marco est notre leader naturel. C’est lui qui connaît le mieux la voiture et en qui l’ingénieur a évidemment le plus confiance pour définir les réglages donc c’est lui qui roule le premier, c’est logique. Ensuite, il y a Eppe qui doit rouler plus que nous pour trouver ses repères. Enfin, comme il est décidé par «contrat» que c’est Marco qui doit faire la qualif, on lui donne aussi systématiquement les pneus neufs aux essais libres, pour qu’il puisse s’entraîner pour la qualif. Entre tout ça, il ne me reste que quelques tours pour essayer de me mettre au niveau de Marco. A Spa j’y suis parvenu. Au Paul Ricard ça avait été plus difficile. Et j’imagine qu’à Imola, chez lui, ce le sera à nouveau. Mais là, Eppe connaît mieux que moi donc je pourrai peut-être rouler un peu plus.

Q. Es-tu surpris par les chronos stupéfiants signés par Marco ce week-end ?

R. Non, c’est un pilote professionnel qui travaille souvent pour Ferrari dans la mise au point de voitures, et notamment à l’époque pour la F430 GT2 donc il n’y a pas à être surpris de ses performances. Si vous lui donnez la voiture de Fisichella il fera les mêmes temps que lui. La différence, c’est que nous, nous n’avons pas le droit de sortir. On garde donc une toute petite marge, par exemple dans le Raidillon.

Q. Sur un plan plus personnel es-tu satisfait de ta prestation ?

R. Extrêmement satisfait. Autant après le Ricard je me suis remis en question, en demandant moi-même au team d’analyser ma relative contre-performance, autant ici, je n’ai rien à me reprocher. Je pense avoir donné de bonnes indications à notre ingénieur aux essais libres et après le warm-up puisque nous avions une super voiture en course, et j’ai très vite été dans un tout bon rythme, avec un meilleur tour à 2 dixièmes de celui de Marco. Difficile de me demander plus, après seulement quelques tours d’essais libres en vieux pneus et au warm-up avec une voiture mal équilibrée. Donc oui, cette fois je suis très content. D’ailleurs, j’ai vu dans les félicitations d’Amato Ferrari le même regard que lorsque j’avais signé le meilleur temps de la voiture aux tests préliminaires du Castellet. Un regard qui m’avait manqué lors du premier meeting !

Patrick Six

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